Servitude de vue : la distance légale à respecter chez vous

La distance légale est de 1,90 m pour une vue droite et 0,60 m pour une vue oblique.
Ces seuils sont fixés par les articles 678 et 679 du Code civil et s’imposent à toute ouverture.
Un géomètre-expert est recommandé si la limite de propriété n’est pas clairement matérialisée.
En cas de non-respect, le voisin lésé dispose de 30 ans pour agir en justice.
Vous envisagez de percer une fenêtre ou d’aménager un balcon donnant sur la propriété voisine ? La loi encadre précisément cette situation. La distance légale minimale à respecter est de 1,90 mètre pour une vue droite et de 0,60 mètre pour une vue oblique, mesurés depuis le bord extérieur de l’ouverture jusqu’à la limite séparative des propriétés. Ces règles, issues des articles 678 et 679 du Code civil, s’appliquent à toute construction neuve ou modification d’ouverture, sauf disposition locale plus stricte ou accord écrit entre voisins.
Un litige sur ce sujet peut rapidement bloquer une vente immobilière ou déclencher une procédure judiciaire longue et coûteuse. En 2026, les contentieux liés aux vues et aux ouvertures restent parmi les conflits de voisinage les plus fréquents portés devant le tribunal judiciaire.
Ce guide vous explique concrètement les règles applicables, la méthode de mesure et les recours disponibles.
Vue droite ou vue oblique : comment les distinguer ?
Avant de sortir le mètre, il faut identifier le type de vue que crée votre ouverture. Une vue droite s’obtient en regardant perpendiculairement depuis l’ouverture, sans tourner la tête ni se pencher latéralement. C’est le cas d’une fenêtre de façade qui donne directement sur le jardin ou la maison du voisin.
Une vue oblique est celle que l’on obtient en tournant la tête d’au moins 45 degrés depuis le bord de l’ouverture. Une fenêtre de pignon, par exemple, ne permet de voir le terrain voisin qu’en regardant de côté. Cette distinction change radicalement la distance à respecter : la vue oblique bénéficie d’une tolérance bien plus grande.
Attention : un même percement peut créer simultanément une vue droite vers un côté et une vue oblique vers un autre. Chaque direction s’apprécie alors séparément selon sa propre règle.
Les distances légales selon le Code civil
La règle des 1,90 mètre pour une vue droite
L’article 678 du Code civil impose une distance minimale de 1,90 mètre entre le nu extérieur du mur et la limite de propriété pour toute vue droite. Cette mesure s’entend à l’horizontale, depuis le point le plus avancé de la construction. Si un balcon est en saillie, la mesure part du garde-corps ou du plancher en porte-à-faux, et non du mur porteur.
Cette règle protège la vie privée en évitant qu’un voisin soit directement observé depuis chez vous. Elle s’applique aux fenêtres, portes-fenêtres, balcons, loggias et à toute ouverture permettant une vision frontale sur la propriété adjacente.
La règle des 0,60 mètre pour une vue oblique
L’article 679 du Code civil fixe la distance à 0,60 mètre seulement pour une vue oblique. Cette tolérance plus grande tient compte du fait qu’une vue latérale permet moins d’indiscrétion qu’une vision frontale directe. La mesure se fait depuis le bord de l’ouverture jusqu’à la limite séparative, dans l’axe de la vue oblique.
Dans la pratique, cette règle concerne souvent les fenêtres de pignon ou les ouvertures placées en angle. Si l’ouverture ne remplit pas la condition des 0,60 mètre, vous exposez votre voisin à un recours et vous-même à une obligation de condamnation ou de suppression de la fenêtre.
Comment mesurer concrètement la distance ?
La mesure se prend à l’horizontale et à angle droit depuis le nu extérieur du mur (ou le point le plus avancé en cas de saillie) jusqu’à la ligne séparative des propriétés. Pour une fenêtre en retrait, on part du bord de l’embrasure côté extérieur. Pour un balcon filant, on part du plancher ou du garde-corps.
Si la limite de propriété n’est pas clairement matérialisée sur le terrain, il est fortement conseillé de faire appel à un géomètre-expert pour un bornage officiel avant tout travaux. Une erreur de quelques centimètres suffit à rendre l’ouverture irrégulière.
Les règles locales d’urbanisme (PLU) peuvent imposer des distances supérieures à celles du Code civil. Consultez systématiquement le PLU de votre commune avant de déposer un permis de construire ou une déclaration préalable de travaux.

Quelles ouvertures sont concernées ?
Toutes les ouvertures permettant de voir chez le voisin entrent dans le champ de la servitude de vue : fenêtres classiques, portes-fenêtres, Velux donnant en vue directe, balcons, terrasses en saillie et loggias. Les simples jours de souffrance : petites ouvertures translucides ou opaques, fixes et grillagées : échappent à la règle des distances car ils laissent passer la lumière sans permettre la vue.
Un saut-de-loup ou une ouverture en sous-sol relève aussi de la servitude de vue si elle permet une vision réelle sur la propriété adjacente. Le critère est simple : depuis cette ouverture, un individu peut-il voir dans la propriété voisine ? Si oui, les distances légales s’appliquent sans exception.
Que faire si les distances légales ne sont pas respectées ?
Si vous constatez qu’une ouverture récente ne respecte pas les distances légales, commencez par adresser un courrier recommandé avec accusé de réception à votre voisin. Une solution amiable reste toujours préférable à une procédure. Les deux parties peuvent convenir d’une servitude conventionnelle formalisée chez le notaire, autorisant la vue moyennant un accord écrit et parfois une contrepartie financière.
Sans accord, le tribunal judiciaire ordonne la condamnation ou la suppression de l’ouverture irrégulière, aux frais du propriétaire fautif. L’action se prescrit par 30 ans à compter de la création de l’ouverture, sauf si elle date de plus de 30 ans sans contestation : dans ce cas, une servitude de vue par prescription est acquise. Les règles de coexistence entre propriétés voisines couvrent bien d’autres sujets : si vous êtes également concerné par un droit de passage, notre article sur l’entretien d’une servitude de passage vous donnera les mêmes repères juridiques concrets.





